Dans chaque projet de recherche, il peut y avoir des moments d’inégalité de pouvoir liés à l’apparence des personnes ; les observateurs en viennent souvent à recourir à des descriptions stéréotypées fondées sur le genre, l’âge ou la race (Emerson et al., 2011). Celles-ci peuvent être simplistes et clichés, nuisant à un récit autrement vivant et à une représentation fidèle. Les enquêtrices et enquêteurs utilisent parfois ces descriptions non pour transmettre des détails visuels, mais pour étiqueter les personnages et clarifier la narration. Pourtant, l’ethnographe est invité à dépasser ces stéréotypes et à saisir les qualités distinctives qui enrichissent la compréhension des individus observés (Emerson et al., 2011).

J’ai moi-même rencontré d’importantes difficultés dans mon approche, principalement en raison de contraintes éthiques et de mon expérience limitée. J’ai souvent recours à des descripteurs simplistes tels que l’âge, la race et le genre, que je reconnais maintenant comme intrinsèquement limitants. Néanmoins, j’ai cherché à transcender ces limites en caractérisant les participant·e·s selon leurs capacités et leurs actions individuelles, leur attribuant des dynamiques nuancées. Par exemple, je me souviens de Raphaël, un garçon de neuf ans originaire d’Amérique du Sud, qui a endossé le rôle d’interprète lors de nos échanges. Cette représentation offre un portrait plus pertinent et authentique, dépassant les clichés. De même, pour Sara, une fillette afghane de cinq ans, j’ai souligné son intelligence exceptionnelle et ses qualités de leadership innées, qui contredisent le portrait stéréotypé des jeunes filles afghanes comme passives. En mettant en avant ces traits et talents individuels, j’ai cherché à humaniser les participant·e·s et à présenter une compréhension plus nuancée de leurs identités. Voici un exemple de notes de terrain réflexives rédigées le lendemain de l’atelier, qui illustrent le courage et les compétences des enfants.

Le Ballon Imaginaire

Ce scénario apparemment simple fait appel au courage et à la créativité tout en aidant les enfants à se sentir inclus et accueillis. Par exemple, Athéna, quatre ans, regarde Karine dans les yeux avant de lancer le ballon, trouve le courage de lui demander son nom en français — langue qu’elle est encore en train d’apprendre — et formule une question impérieuse : un acte tout à fait courageux. C’est une question simple, mais elle exige un cheminement cognitif complexe de la part d’un enfant arrivé il y a seulement quelques mois au Québec, confronté à une nouvelle langue et à une nouvelle culture.

Cette méthode de « description » détaillée, telle que définie par Emerson et préconisée par Goffman (1961), insiste sur l’importance de construire un récit vivant grâce à une prose évocatrice. L’idée est de plonger le lecteur dans l’histoire en sollicitant ses sens et en suscitant des images mentales vives. Emerson et al. (2011) soulignent que la description fait ressortir des détails sensoriels concrets, des décors et des personnages par une narration évocatrice. En incorporant des éléments tels que la couleur, la forme, le son, l’odeur et les gestes, l’auteur·e crée une expérience multidimensionnelle pour le lecteur. Le conseil de Goffman d’écrire « luxuriamment » souligne l’importance d’un langage riche, employant adjectifs et adverbes, pour renforcer la qualité descriptive du récit. Cette approche ajoute profondeur et nuance à l’écriture, permettant aux lecteur·rice·s de visualiser scènes et personnages avec davantage de clarté et d’immersion.

Dashti Khavidaki, A. (2024). Reflexively Engaging in Studying Childhood Ethics and Agency: Implications for Conducting Participatory Research.

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