
Dans chaque projet de recherche, il peut y avoir des moments d’inégalité de pouvoir, liés à la position des participants, à leur milieu, aux barrières linguistiques et à l’âge. Dans le cas des familles migrantes marginalisées, leur statut et l’absence de documents légaux les placent dans une situation encore plus vulnérable. Elles peuvent se sentir obligées de collaborer à une activité qui ne leur plaît pas, ce qui compromet le consentement à la recherche. Plus important encore, il y a la question de leur dignité : le respect de la dignité humaine exige que toute recherche impliquant des êtres humains soit conduite de manière sensible à la valeur inhérente de chaque personne et au respect qui lui est dû. Dans cette perspective, le respect se décline en trois grandes catégories : respect de la personne, souci de son bien-être et justice (PTSRC, 2018).
En ce sens, cette méthode de recherche plaide pour une attention portée au bien-être des participants, incluant respect et justice, ce qui évoque l’argument de Pierre Bourdieu sur l’éthique en recherche : selon lui, une recherche qui respecte la dignité humaine doit aussi contribuer au développement des participants ; autrement dit, les chercheurs doivent « prendre en compte de manière critique la contribution que la recherche apportera au développement global des participants » (Agbenyega, 2014, p. 155), soulignant ainsi l’importance du souci du bien-être et de sa promotion pour les participants. C’est dans cette optique que la recherche éthique avec les enfants vise à renforcer leur agentivité dans une démarche participative, mode plus éthique que toute autre approche. Dans ce contexte, cette étude examine deux questions principales : l’agentivité et les enjeux éthiques dans la recherche participative avec les enfants.
Les œuvres artistiques telles que dessins, peintures, photos et vidéos ont le pouvoir d’atteindre les décideurs pour communiquer les besoins des enfants et faire entendre leurs idées, tout en les autonomisant.
Ainsi, les activités participatives basées sur l’art favorisent leur bien-être tout en respectant leur dignité. Les enfants ont souvent du mal à exprimer verbalement ce qui compte pour eux en raison de leurs capacités linguistiques limitées (Burnard, 2002). Pour les enfants migrants marginalisés, c’est encore pire : ils arrivent souvent au Canada sans maîtriser la ou les langues officielles (anglais et français). De plus, leur âge et les rapports inégaux de pouvoir rendent leur expression encore plus difficile, alors que l’art — dessin, photovoice et cellphilmming — leur offre les moyens de se faire entendre sur les sujets qui les concernent, conformément à la Convention relative aux droits de l’enfant des Nations Unies (CIDE, 1989, article 12) : tous les enfants ont le droit de participer et de s’exprimer sur les questions qui les touchent (Lundy et al., 2011). Parallèlement, la recherche artistique favorise le bien-être des enfants en leur offrant un cadre sécurisé pour communiquer leurs besoins. Ils apprennent à relever des défis tout en travaillant en équipe, créant des liens avec leurs camarades et se connectant à de nouveaux pairs issus de milieux différents.
Dashti Khavidaki, A. (2024). Reflexively Engaging in Studying Childhood Ethics and Agency: Implications for Conducting Participatory Research.